[(re)découvrir la littérature française] Un barrage contre le Pacifique, Duras

 

J’ai fini de lire Un barrage contre le pacifique ce week-end, et je suis un peu partagée dans ma lecture. J’ai l’impression que ça arrive beaucoup en ce moment. C’est la première fois que j’essaye de lire Duras jusqu’au bout. Je ne lis pas souvent de la littérature française c’est vrai – après cinq années d’études en LLCE Anglais j’avais pris l’habitude de lire en anglais, et surtout de la littérature anglophone. Or, après mon Master, pour diverses raisons, je me suis réorientée vers les études de Français langue étrangère (FLE), et j’ai commencé à me dire que ça ne faisait pas très joli pour une future prof. de FLE de ne pas lire de la littérature française. J’aime énormément la langue française – mais en ce que concerne la littérature, c’est un peu plus compliqué.

 

La littérature française et moi.

 

Mon histoire avec la littérature française a eu des hauts et des bas. J’ai fait un bac L. J’aime la littérature, et jusqu’en terminale je lisais encore beaucoup de littérature française. Et j’aimais vraiment ça ! Surtout la poésie, c’est vrai. Au lycée j’étais tombée folle amoureuse d’Apollinaire, Aragon, Baudelaire…  Et puis la prépa et mon professeur de français en prépa sont passés par là et j’en ai été dégoûtée, voir traumatisée, ce qui fait que depuis 6 ans, je n’ai plus lu un seul livre de littérature française (classique ou pas…), ou alors, très peu…

Je me suis beaucoup demandé ce qui me dérangeait tant dans la littérature française depuis cette époque-là, par rapport à l’anglaise – et je cherche encore. Je pense que les textes français n’arrivaient plus à m’enthousiasmer comme la plume d’une Jane Austen par exemple. Il n’y avait plus ce petit quelque chose que je ne sais expliquer et que je ne trouvais que dans la littérature anglophone. Mais je dois aussi prendre en compte, le côté entièrement psychologique lié au fait que mon professeur de français en prépa m’a vraiment traumatisée et que celle d’anglais, eh bien, elle était très sympa…

Ce qui me fait penser qu’il y a vraiment un côté très psychologique dans nos goûts littéraires qui n’ont absolument rien à voir avec la qualité d’un livre ou pas – ou même, avec notre amour pour telle ou telle langue. Parce que c’est vrai que malgré tout ça, j’aimais toujours énormément la langue française – j’avais juste du mal avec les « classiques ».

Mais des années ont passé maintenant, et je suis prête à leur redonner une chance.

C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer le challenge de lire/relire au moins 4 classiques de la littérature française cet été. Je ne fais pas un challenge spécifique, j’ai choisi moi-même les livres que j’ai envie de lire, mais si quelqu’un a envie de le faire avec moi, vous êtes les bienvenus ! Pour l’instant, les livres que j’ai choisis sont : Le Comte de Monte-Cristo, de Dumas ; La peau de chagrin de Balzac ; et deux Duras : Un barrage contre le Pacifique et l’Amant de la Chine du Nord.

Voilà donc les livres que j’ai choisis pour l’instant. En fonction de mon rythme de lecture et sachant que je compte lire d’autres livres en dehors du challenge, et sachant aussi que le Dumas c’est quand même deux gros pavés – je me réserve le droit d’en ajouter ou d’en retirer. Mais, j’aimerais quand même les lire tous d’ici la fin de l’été !

J’avais, en fait, commencé le mois dernier avec La Chartreuse de Parme, de Stendhal, puisque je n’avais pas du tout aimé Le rouge et le noir. Et pour le coup je peux dire que définitivement, Stendhal, ce n’est pas pour moi. Je n’en parlerai pas ici, parce que je me suis arrêtée vraiment très vite – j’aurais peut-être dû me forcer à lire au moins les 100 premières pages, mais je n’y arrivais vraiment pas.  J’ai donc laissé tomber, et je suis passée à Duras.

 

Un barrage contre le Pacifique

 

Marguerite Duras

Duras commence l’écriture de ce roman en 1947 et le publie en 1950. Elle l’écrit alors qu’elle vient de divorcer de son premier mari et de se remarier avec Dionys Mascolo, dont elle aura un enfant. Roman autobiographique, elle s’inspire beaucoup de la situation qu’elle a vécu au Vietnam.

J’étais assez enthousiasmée par ce livre au début ; j’ai beaucoup aimé l’écriture de Duras : cette simplicité toute poétique par moment – mais d’une grande intensité. Ça me faisait penser à Beckett : l’attente des personnages, leur folie, leur désespoir. Ce ne sont pas des sujets très joyeux, certes, mais j’avais quand même envie de les suivre, de savoir ce qui allait se passer enfin avec eux. Surtout avec Suzanne et Joseph. Allaient-ils quitter la mère ?

La mère est une ancienne institutrice du nord de la France qui, avec son mari, après avoir lu Loti, et éblouie par toutes les promesses des colonies, décide de partir au Vietnam dans l’espoir de faire fortune. Finalement, elle se heurte à la malhonnêteté de l’administration et fini dans une misère indicible. Contre toute attente, cela ne la découragera pas, et elle continuera à se battre contre l’impossible : faire un barrage contre le Pacifique pour permettre la cultivation des terres de sa concession.

 

« Les barrages de la mère dans la plaine, c’était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C’était la grande rigolade du grand malheur. C’était terrible et c’était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l’air, ces barrages, d’un seul coup d’un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l’oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c’était qu’ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail. »

 

Ce mélange de désespoir et de lutte acharnée des personnages est vraiment saisissant. On se sent happé par toute l’injustice de la situation, l’horreur de la colonisation : à la fois la grande misère des paysans indochinois, mais aussi la grande misère de ses français qui n’ont pas réussi à faire fortune sur la colonisation et qui restent donc en marge de la société coloniale. Et la mère qui lutte contre la mer, contre l’administration, parfois même contre ses enfants, qui veulent partir…

Comme je l’ai dit, je suis assez partagée par la lecture de ce livre. J’ai aimé l’écriture de Duras, certes, mais je ne dirai pas que ce fut un coup de cœur. J’ai fini par m’ennuyer au bout d’un moment et j’avais hâte de passer à autre chose. Ce qui, à bien y réfléchir, est plutôt une réussite dans ce livre : je ressentais finalement la même chose que les personnages. Je n’en pouvais plus de cette vie, de ce malheur accablant. Je me demandais sans cesse – vont-ils partir oui ou non ?? C’est une lecture très frustrante. Et je dis bravo à Duras pour ça, d’avoir réussi à me transporter dans la peau des personnages. En plus, je l’ai lu en grande partie pendant l’épisode de canicule que nous avons eu à Paris, donc j’étais vraiment dans l’ambiance…

Bref, c’est une lecture intéressante, mais je suis quand même contente de pouvoir passer à la suite de mon aventure littéraire française maintenant. J’ai, en effet commencé hier Le Comte de Monte-Cristo, de Dumas. A suivre, donc !

« Le piano commença à jouer. La lumière s’éteignit. Suzanne se sentit désormais invisible, invincible et se mit à pleurer de bonheur. C’était l’oasis, la salle noire de l’après-midi, la nuit des solitaires, la nuit artificielle et démocratique, la grande nuit égalitaire du cinéma, plus vraie que la vraie nuit, plus ravissante, plus consolante que toutes les vraies nuits, la nuit choisie, ouverte à tous, offerte à tous, plus généreuse, plus dispensatrice de bienfaits que toutes les institutions de charité et que toutes les églises, la nuit où se consolent toutes les hontes, où vont se perdre tous les désespoirs, et où se lave toute la jeunesse de l’affreuse crasse d’adolescence. »

 

 

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