Les mille talents d’Eurídice Gusmão, Martha Batalha

L’histoire d’Eurídice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement.
« Responsable de l’augmentation de 100 % du noyau familial en moins de deux ans, Eurídice décida de se désinvestir de l’aspect physique de ses devoirs matrimoniaux. Comme il était impossible de faire entendre raison à Antenor, elle se fit comprendre par les kilos qu’elle accumula. C’est vrai, les kilos parlent, les kilos crient, et exigent – Ne me touche plus jamais. Eurídice faisait durer le café du matin jusqu’au petit déjeuner de dix heures, le déjeuner jusqu’au goûter de quatre heures, et le dîner jusqu’au souper de neuf heures. Eurídice gagna trois mentons. Constatant qu’elle avait atteint la ligne, cette ligne à partir de laquelle son mari ne s’approcherait plus d’elle, elle adopta à nouveau un rythme alimentaire sain ». (quatrième de couverture)

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J’ai plutôt aimé cette lecture. C’était assez étrange au début de lire un roman brésilien en français. Je sens derrière l’intonation française ce quelque chose de brésilien, qui est difficilement traduisible, et du coup, j’ai l’impression de lire un drôle de livre – polyphonique à l’extrême : je perçois derrière le français, cette langue brésilienne que je connais et avec laquelle je suis née. Je précise que la traduction est très bien faite – ce qui n’est pas le cas d’autres romans brésiliens que j’ai essayé de lire en français (une horreur !) …

Pourquoi ne pas l’avoir lu en portugais ? Eh bien, je ne sais pas – en fait, ça fait tellement longtemps que je n’ai pas lu en portugais ! Mais je le ferai certainement dès que je l’aurais trouvé. J’ai d’abord, à vrai dire, été attirée par la couverture aux couleurs vives qui, finalement, renvoient bien au contenu du livre : j’ai eu affaire à une histoire tout aussi colorée et loufoque.

J’ai aimé suivre l’histoire de ces femmes, et surtout d’Eurídice, ses péripéties pour vaincre l’ennui et trouver quoi faire une fois que le ménage était fait, que le dîner était prêt, les enfants à l’école et le mari au travail. J’ai aimé lire sur Rio, que je n’ai jamais visité, pour dire la vérité – mais j’ai aimé suivre les mutations de la ville, tout autant que la vie des personnages.

« …quiconque habitait à Rio cessa d’être immigré portugais, turc de naissance, brésilien de souche, chinois expatrié, mulâtre, quarteron ou métis indien, pour n’être plus que carioca*. »

Il y a aussi un féminisme assez marqué dans ce livre, et même si les faits ne sont pas complètement faux, j’aurais aimé un peu plus de nuance. Oui, dans les années 50 au Brésil, et ailleurs aussi, les femmes pouvaient difficilement travailler et avoir leur indépendance ; oui, elles devaient être soumises à leur mari ; oui, il y a beaucoup de femmes qui ont fait des mariages malheureux…  Je le sais tout ça, et je l’ai vu moi-même, parce que des femmes comme Eurídice on en croise encore aujourd’hui. Mais en fait, si Eurídice était malheureuse ce n’était pas tant parce qu’elle était femme au foyer – mais parce qu’elle voulait faire plus et parce qu’elle ne voulait pas être réduite aux quatre murs de la maison – son imagination et ses désirs débordaient largement ce cadre.

« Tous partageaient la conviction qu’on ne pouvait prendre Euridice au sérieux que lorsqu’elle disait que le dîner était servi, ou qu’il était l’heure de se lever pour aller à l’école. Ses projets étaient confinés aux murs de cette maison. »

Il en reste cependant que ces « Desperate housewives » à la brésilienne sont très attachantes, drôles parfois – ce sont des descriptions si vivantes que même le destin plutôt tragique de certaines devient lumineux. L’humour n’y est pas pour rien non plus, et Martha Batalha sait très bien tourner en dérision ses personnages pleins de couleur.

« Zélia collectionnait les frustrations, la plus grande étant de ne pas être le Saint Esprit, qui voyait et savait tout. En vérité, elle était plus proche du Grand Méchant Loup que du Saint Esprit, parce qu’elle avait de grands yeux pour mieux voir, de grandes oreilles pour entendre et une très grande bouche qui dispensait aux voisines les principales nouvelles du quartier. Zélia avait également un cou de tortue, qui semblait s’allonger chaque fois qu’elle voyait passer devant chez elle une personne qui l’intéressait. »

En fin de compte, ce fut une lecture assez agréable, malgré quelques points négatifs, et que je vous conseille si vous voulez passer un bon moment !

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*  « carioca », est le nom donné à l’habitant de la ville de Rio de Janeiro, capitale de l’état de Rio de Janeiro. L’habitant de l’état est appelé « fluminense »

An old-fashioned girl, Louisa May Alcott

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41q1h7c2ytlL’auteur: Louisa May Alcott est née à Germantown, Pennsylvania, en 1832. Elle a été élévé avec ses trois soirs par son père, le philosophe Branson Alcott, sa mère Abigail May. Parmis les personnalités qui ont eu une influence sur sa vie, et son écriture, il y a Emerson et Thoreau, des amis proches de son père. A l’âge de 15 ans, troublée par la pauvreté de sa famille elle décide de travailler pour les aider et s’exclame, comme son personnage Jo March le fera par la suite: « I will do something by and by. Don’t care what, teach, sew, act, write, anything to help the family; and I’ll be rich and famous and happy before I die, see if I won’t! » En tout, Louisa a publié 30 livres et recueils d’histoires, avant de décéder en 1888.

Le livre: La vie change pour Polly Milton quand elle quitte sa maison à la campagne pour aller rendre visite à ses cousins dans la grande ville. Sa naïveté et sa simplicité embarrassent ses cousins sophistiqués et habitués aux moeurs de la societé. Elle n’est pas comme eux, et ne sait pas si elle veut l’être. Mais sera-t-elle capable de profiter de la vie dans une grande ville sans changer?

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